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2000. L'arrache coeur
Aimer,
Pour l’aimer,
Il l’aime à coup sûr.
Elle, elle marche à pas lents,
Douloureusement,
Traînant sur le sol un pied
Dont la jambe est bandée.
Lui, il a du mal,
Un autre mal qu’elle,
Il a du mal à s’adapter
A cette marche claudicante,
Alourdie d’embonpoint.
Le voilà qui la précède,
Un pas, deux pas,
Au troisième il se retourne,
Et dans le regard,
Qu’il lui porte,
Transparaît tout l’amour qu’il lui voue.
Elle, elle finit par le rejoindre.
Côte à côte ils repartent.
Lui, il sait qu’à nouveau il la précèdera,
D’un pas,
Puis deux,
Puis trois.
Il sait qu’il ne va pas pouvoir
toujours l’accompagner.

Alors il martèle le pas,
Soulève plus haut
que nécessaire son pied,
son genou.


Un pas,
Deux pas,
Trois pas,
il est toujours
à côté d’elle.
Quatre pas,
Cinq pas,
Les voilà séparer à nouveau.
Il se retourne
Et dans le regard qu’il lui porte
Il y a de l’excuse,
De l’excuse d’amour
Pour son corps
qui se désaccorde,
Relève plus la jambe,
Hisse plus haut le genou,
Et se retourne,
Avec dans son regard
toute l’empreinte
De ce qu’a été leur accord,
Leur à corps d’amour.

Il l’aime c’est sûr.
Mais elle
Elle geint,
Toute occupée
de sa douleur réelle,
Toute blessée
de ne plus pouvoir s’accorder,
Toute écrasée
de cette vieillesse venue trop vite.
Elle geint,


Jalouse peut-être de cette vitalité qu’il conserve.
Et dans son regard à elle,
Il y a du reproche.
C’est tout ce qui lui reste,
A elle,
Pour être proche.
Elle geint,
Parce qu’autrefois elle riait.
Et lui,
Fort de cet amour qu’elle lui porte
A travers ses reproches,
Relève un peu plus la jambe.
Un pas,
Deux pas,
Trois pas,
Mais il a beau faire…
Alors il se retourne
Et la regarde,
D’un regard qui a compris son amour à elle,
Se penche à son oreille,
Lui parle
De mots rien que pour elle.
Pour elle, qui a cessé de geindre
Et qui sourit.


« Valse à trois temps »
Jacques DUPRESSY,
Paris Genève,
13 octobre 1996

   
Poèmes