1998 / Création de "Thérèse ou la révélation"


C'est devant un public dense que vendredi dernier, à la salle "Le Parc", les sept jeunes de l'Atelier Ecriture(s)-Théâtre de la MJC de La Roche sur Foron (74) on présenté, avec l'active complicité de Dominique et Jacques Dupressy, le résultat de deux années d'un travail de création fructueux : "Thérèse ou la révélation".
"Thérèse" est une suite de textes écrits par les jeunes comédiens eux-mêmes, articulés autour d'un personnage énigmatique, la fameuse Thérèse, qu'on ne verra finalement jamais mais dont chacun entend présenter l'une des multiples et souvent contradictoires facettes.
Le procédé n'est certes pas nouveau qui, de Daudet à Beckett, de l'Arlésienne à Godot, consiste à bâtir tout un univers, tout un discours, autour d'une figure absente mais obsédante, omniprésente. Toutefois les sept jeunes écrivains-comédiens l'investissent avec tant d'inventive maestria qu'ils parviennent à nous faire oublier leurs illustres prédécesseurs en nous proposant un troublant vertige où une certaine et discrète métaphysique fait bon ménage avec un humour constant.
Nous saluerons ici bien bas la haute tenue des textes et l'autorité avec laquelle les jeunes acteurs incarnent tour à tour différents personnages venus là témoigner de leurs liens avec l'insaisissable Thérèse.
Quant à la révélation promise (et selon l'irrécusable principe qu'on ne voit bien midi qu'à sa porte) la nature de celle-ci variera au gré des interprétations qu'en donnera chaque spectateur.
Disons simplement que, pour nous, Thérèse confirme que le langage est à la fois masque et révélateur et peut-être d'autant plus révélateur qu'il se veut masque..." I.P. Dauphiné Libéré du 27 avril 1998, page 11-74B.

Extrait :

J’entends encore son rire tinter à mes oreilles et sa voix qui me réconfortait alors que je doutais de moi-même...Elle était toujours là pour moi, prête à me prêter son épaule pour assoupir mes pleurs. Elle savait trouver les mots justes pour me redonner confiance. Elle savait aimer. Mais moi l’ai-je aimée? Me suis-je préoccupé de ses chagrins ? Ai-je seulement ri quand elle en avait besoin. Si j’avais eu du courage je lui aurais dit que je l’aimais, que je ne voudrais jamais la quitter. Mais elle a disparu un matin alors qu’une pluie glaciale tombait du ciel ; une pluie à rendre morose même la plus belle journée. Si j’avais eu du courage, j’aurais remarqué les larmes qui perlaient sur son visage. J’aurais pu la retenir, mais elle contenait tant de souffrance en elle-même, que même les plus belles fleurs n’auraient pu ré-illuminer son coeur. Ces fleurs que je dépose maintenant à ses pieds. Je me dis qu’il y a sans doute une bonne raison pour qu’on me l’ait prise. Je me dis qu’elle doit être enfin heureuse et qu’elle a mérité de se reposer.
Si j’avais du courage, Thérèse, je te parlerais.
Thomas C.